Le tout c'est d'aller jusqu'au bout de ce qui reste accroché à nos petits moments intimes, ce vide grossissant qui remplit tout l'espace, qui s'impose à chaque instant de la foule.
Le tout c'est de rêver d'une vie parfaitement chronometré, une réalité oppressante où le temps d'un soupir s'écrase sans cesse contre le mur des certitudes finies, à chaque instant on ramperait.
Le tout c'est d'aller plus loin que l'inverse du rien, de creuser en profondeur les crémations à la chaine, les indigos éléctriques, et les visions fugitives d'un ailleurs, à chaque endroit un espace ouvert sur les sensations nouvelles.
Le tout c'est de pousser du haut des vides, des cris, déviation intemporelle qui reste là, sangsue de l'esprit, sens linéaire des vieux contes d'antan, à chaque mot, son souffle douleur.
Le tout sait bien que nos peaux collées par la peur ne valent rien et que c'est bien là ce qui fait de la sueur une boisson si exquise, et que c'est bien là ce qui fait que nos impulsions maladives justifient toutes les poussières des géants qui règnent.
*
Le tout est un rêve/
Un tas de tortures titubante/
Un vide vibrant/
Les brises de nos vies saillantes/
Un râle/
La fillette saute de cercles en cercles/
Une nudité obsolète/
Un dieu de l'absolu/
Madame commande les sphères crayonnées/
Un mirage de visages mystiques/
Une allée bordée de vieux plataniers/
La vieille se tait, recrocquevillée sur la terre/
Une illusion chimérique/
Une sève asphyxiante/
Le tout est un rêve.
*
- Je pensais que tu en avais trop dans les yeux, trop dans la tête, trop peu de silences à partager ; alors j'ai changé le sens de la terre et nous avons tout perdu en chemin, tout... Moi qui croyais bien faire : tu te plaignais sans cesse de ces accumulations euphoriques, mais à dire vrai tu t'en contentais bien, tu aimais même te baigner dans la nuit noire des lumières humaines... Moi j'ai claqué la langue et les mots se sont enfuis, tout est parti, tout... Je voulais juste t'aider, juste te tirer de ces tendres sentiments qui t'animaient les entrailles. Je voulais juste... Alors, j'ai éternué, et la terre a changé de temps.
- Tu penses trop mon enfant. Arrêtes de respirer / arrêtes de respirer / arrêtes de respirer. Tu penses trop, on n'arrivera à rien avec toi ! Tu finiras à la déchetterie mon pauvre enfant...
- Alors je réclame le droit à l'oubli ! Amnéstie des structures internes, je veux moi aussi me noyer dans cette lumière, et je veux y croire, et je veux y retourner dans la chaleur étouffante qui se fait protectrice par défaut.
*
Lorsque le coup est parti, elle n'a pas pu retenir un gémissement. Elle s'était tant habitué à le voir comme un héros, un homme grand et fort, qu'elle ne pouvait imaginer le perdre ainsi. Elle ne pouvait pas se résoudre à admettre la réalité. Elle ne pouvait pas comprendre que ce bout de métal fiché dans sa poitrine, que ces jets de sang chaud qui s'étalaient en une mare noirâtre, ne formait désormais qu'un simple contraste avec la froideur de sa peau et le blanc de ses yeux. Il ne voyait plus.
Elle ne pouvait pas se résoudre à admettre qu'il était mort. Elle ne pouvait pas se résoudre à admettre qu'elle l'avait tué.
(à suivre)